L’urbanisme temporaire a-t-il toujours existé ?

L’urbanisme temporaire a-t-il toujours existé ?

« L’urbanisme transitoire, aujourd’hui on le dit, avant on le faisait ». Chose énoncée hier par une personnalité de premier plan lors du Club Ville hybride-Grand Paris. En un éclair les images défilent devant mes yeux. Je repense aux anecdotes de Gexim, ex-gestionnaire de l’ilot ferroviaire et de la halle Bouciron à Nanterre dans le quartier des Groues. Les soirées dantesques des années 90 où des milliers de personnes issues de la mode et de la pub venaient s’y encanailler au rythme de l’électro naissante ;  la halle Bouciron qui abritait encore en 2013 du karting  (cf illustration) et qui comptait sur ses pourtours des dizaines de petites structures de la mécanique, de l’imprimerie, de la restauration… (structures évincées lors du rachat des terrains par l’Etat). La logique d’alors comme d’aujourd’hui : permettre à de micro activités d’occuper le site pour amortir les frais de gardiennage du site.

Qu’est-ce qui est comparable et qu’est-ce qui différencie l’urbanisme temporaire de cette période de celle d’aujourd’hui ? On manque encore de recul par rapport aux expériences en cours mais quand même.

Commençons par les similitudes :

  • je l’ai dit, amortir les frais d’entretien et de gardiennage des sites,
  • ensuite, l’utilisation plus ou moins éphémère des lieux et la variété des profils sociologiques des utilisateurs : les micro-activités qui attirent de petites structures aux moyens parfois très modestes, installées le temps du bail, composées de publics plus ou moins précaires ; les concerts et autres temps festifs qui attirent un public plutôt extérieur au territoire, aux profils plus larges.

Les différences maintenant :

  • tout d’abord le buzz fait autour de l’occupation temporaire. Il y a encore sept ans, la couverture média de l’occupation temporaire était cantonnée aux médias très spécialisés de l’underground et de l’architecture. Aujourd’hui je me suis étonné à lire dans un avion pour Barcelone un article sur l’occupation temporaire de la Petite Ceinture dans un magazine publi-rédactionnel de la compagnie Vueling (l’article suivant portait sur Disneyland),
  • autre différence : la finalité de l’urbanisme temporaire. Auparavant elle était essentiellement économique. Aujourd’hui, même si la dimension économique compte encore, elle est moins prioritaire que l’invention de nouveaux usages ou plus exactement la préfiguration de nouveaux usages. Mais la préfiguration d’usages peut parfois être confondue avec l’animation d’un site (ce qui n’est pas la même chose), ce qui peut générer quelques frustrations au sein des collectifs pluri-disciplinaires. La dimension loisirs prend alors le pas sur la dimension urbaine (si c’est l’intention initiale du commanditaire, pas de souci, par contre quand la préfiguration d’usages se transforme en activités gérées par des « GO » pour habitants consommateurs de loisirs, ce n’est plus la même chose, on est plus proche de la disneylandisation).
  • nouvelle différence, l’urbanisme temporaire est aujourd’hui un business. Des acteurs se spécialisent dans sa conception et sa mise en œuvre. Vous me direz ce n’est pas si différent d’un Gexim qui gérait l’ilot ferroviaire. C’est pas faux. La différence tient surtout dans la valorisation sociale de ce type d’activité. Auparavant les gestionnaires, c’étaient davantage de gentils pieds nickelés. Aujourd’hui la filière se professionnalise. Débouchera-t-elle sur une industrialisation et une standardisation des pratiques ? Il est encore trop tôt pour le dire. Ce serait en tout cas paradoxal par rapport aux finalités poursuivies par l’urbanisme temporaire (et un retour à la normale par rapport aux visées purement économiques des gestionnaires d’auparavant).
L’urbanisme temporaire est en cours de structuration. Tous ces profils cohabitent pour l’heure. Le nombre d’acteurs va lui par contre continuer à croître. Leurs spécialisations et leurs modèles économiques pour subsister également. Dans cinq ans le paysage aura surement considérablement évolué. Pour le meilleur et pour le pire sans doute.
Categories:

innovation, Uncategorized