Lauréats de « Réinventer la Seine » : quels enseignements ?

Lauréats de « Réinventer la Seine » : quels enseignements ?

Le tout premier enseignement : la révolution des usages se poursuit. La part belle a été donnée aux porteurs de projets en matière d’agriculture urbaine, de production artisanale locale (brasserie, boulangerie…), d’économie circulaire (à noter la création d’une filière de terre crue à base des remblais des chantiers du Grand Paris Express). Il y a par ailleurs usage et usage. Pour être primés, les usages, l’innovation, ne doivent pas être créés ex-nihilo : ils correspondent à un enjeu local pas forcément visible qui demandent un travail d’immersion et d’investigation auprès d’un panel d’acteurs locaux. Ils sont la traduction d’un enjeu local. Ce sont également la prise en compte de ces usages qui structurent le récit de la réponse, le dossier technique, le modèle économique (les contraintes techniques et physiques du site n’étant mises en avant que pour s’assurer de la faisabilité programmatique).

le second enseignement :la génération Y de l’urbanisme temporaire résiste encore à la vague des start-up biberonnés dans les incubateurs parisiens. La raison : une connaissance plus approfondie des périmètres en devenir, des acteurs et des enjeux locaux. Encore trop technophiles (les start up), leur immersion, notamment dans l’Arc de l’innovation, est une des conditions de réussite pour franchir le plafond de verre.

Le troisième enseignement : les grandes majors de la promotion – contrairement à Réinventer Paris I – ne figurent pas parmi les lauréats.  Sites insuffisamment attractifs ? Lassitude de leur part face à la répétition des appels à projets ? En fait l’axe Seine – hormis ses extrémités – ne semble pas  être un enjeu en matière de développement urbain et économique pour les grandes majors de la promotion. Est-ce un mal ? En aucun cas. L’axe Seine est aujourd’hui avant tout un sujet d’élus et de techniciens qui a besoin de s’ouvrir davantage aux acteurs privés, à la société civile, aux nouveaux usages. Il faut juste trouver un modèle de développement intermédiaire pour en assurer la croissance.

Le quatrième enseignement : les appels à projets trouvent leurs limites dans les périmètres complexes, dont la rentabilité financière est jugée très incertaine par les opérateurs privés. Ceci ne remet pas en cause le modèle ouvert des appels à projets qui est adapté quelque que soit le contexte. Cela pose surtout la question du rôle d’amorceur des acteurs publics dans les périmètres de projets, de leur capacité à impulser du projet structurant et du projet soft pour aider la mayonnaise à prendre. L’appel à projet qui consiste à faire porter une grande partie du risque financier sur les opérateurs privés ne peut pas agir comme une baguette magique. Il est aujourd’hui clairement plus adapté pour la zone dense. Des solutions intermédiaires pourraient néanmoins exister. Comme partager le risque financier entre acteurs publics et opérateurs privés, et peut-être plus encore : renforcer le dialogue amont entre acteurs publics et privés sur les conditions de réussite des appels à projets pour les périmètres à risque.

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