Les communs : socle politique et catalyseur des initiatives pour répondre aux défis de notre temps ?

Les communs : socle politique et catalyseur des initiatives pour répondre aux défis de notre temps ?

Crédits photo Cyrille Weiner.

Les communs semblent être la révolution de velours politique, économique, sociale et culturelle propice à créer la doctrine, la gouvernance et les modes opératoires les plus adaptés pour résoudre les défis de notre temps. Rien de plus. Rien de moins.

Aucun effet de tambour avec les communs tant leur efficacité supporte peu les discours incantatoires. Ils traversent notre société de part en part, de groupe social en groupe social, s’infiltre dans toutes les formes d’organisation (à commencer par les plus innovantes), et dans tous les territoires (surtout ceux qui sont confrontés aux pires difficultés).

Ses prolongements opérationnels sont imaginés et conçus au quotidien. Sans qu’on parle nécessairement de commun. Par exemple, lorsque j’ai débuté Ville hybride en 2010, je me suis rendu compte que des groupes d’acteurs (associations, tiers lieux) s’emparaient de thèmes d’intérêt général, en développant leur propre gouvernance et dynamique, sans rentrer dans le cadre stricto sensu des grandes entreprises privées et des institutions publiques. Et un peu à la manière de Monsieur Jourdain, développaient des communs sans les estampiller en tant que tel. On parlait davantage d’acteurs intersticiels et de points d’accupunctures urbains.

Ni acteur public ni acteur privé ni acteur associatif (au sens d’une dépendance politique et/ou économique à l’égard d’un des deux premiers), les communs sont une émanation d’un groupe d’individus conçue pour solutionner des problématiques que ni les acteurs publics ni les acteurs privés sont à même de résoudre. Leur grande force est leur capacité de s’emparer d’un problème, de le solutionner de manière pragmatique (en coutournant acteurs publics et privés, en défiant normes et réglementations, et modes de gestion associés).

Paradoxalement, les communs sont cette soupape de sécurité qui permet à notre système, fondé sur les tenants des « 30 glorieuses » et de la première révolution industrielle, de ne pas totalement sombrer. Bientôt, ils en remplaceront sa doctrine, son modèle politique, ses objectifs et ses modes opératoires. Leur autre immense atout est que les communs reposent sur des paramètres multi séculaires qui ont organisé nos sociétés (les « 30 glorieuses et plus largement les canons qui ont constitué la première révolution industrielle, apparaissant comme une parenthèse historique).

Les communs ne sont ni de droite ni de gauche. Ils sont notre Histoire. L’Histoire que l’on avait fini par oublier mais qui revient à grand pas pour nous sortir à la fois du modèle de propriété exclusive (et de ses dérives désastreuses pour notre environnement et pour les personnes) et du modèle collectiviste  qui a tenté de se poser en alternative. Pour autant, les communs jetteront-ils le bébé avec l’eau du bain ? Pas si sur car l’Histoire a pu se satsifaire de terribles injustices sociales et économiques. Le contexte dans lequel les communs ré-émergent a par ailleurs considérablement évolué : le niveau d’éducation, les attentes des individus se sont considérablement accrus.

Tout le monde – même ceux qui n’en ont pas encore conscience – semble en tout cas prêt pour que le modèle politique et de gestion des communs supplante pour quelques temps le modèle d’après 1945 (dont la voie de sortie est bien sur toujours un débat public, qui  s’amplifiera).

Le sujet est si vaste (il n’embrasse pas moins que notre modèle politique, économique, social et culturel) que j’en pose d’abord les grands enjeux et principes sous formes de questions, que je complèterai au fur et à mesure.

Par quoi se caractérisent les communs ?

Quelles différences avec les modèles d’autogestion et de gestion publique ?

Quelles sont les deux grandes écoles de pensée des communs ?

-Elinor Ostrom, économiste et politologue américaine, qui a reçu en 2009 le Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les communs, et qui a remis les communs dans le débat public.

-Les juristes italiens qui fondent une catégorie entre les biens publics et les biens privés.

Les communs sont-ils une nouvelle forme de gouvernance et de gestion appelée à se substituer progressivement aux modes de gouvernance et de gestion publique et privée d’accès aux biens, ressources et espaces ?

Les communs sont ils le remède aux limites du modèle de la propriété exclusive ?

Les communs sont ils l’alternative au mode de gestion publique des ressources, des biens et des espaces (tant physique que numérique) ?

Les initiatives bottom up d’acteurs privés s’emparant de questions d’intérêt général peuvent-ils être associés aux modes de gestion prônés par les communs ?

Les communs représentent-ils ce socle et ce catalyseur politique, économique social et culturel, qui transcendent les clivages, capables de créer une dynamique partagée entre groupes sociaux, économiques, culturels, aux intérêts précédemment divergents ?

De quoi les communs sont-ils les révélateurs ?

-de la volonté de la société civile de se ré-approprier les pans de la vie quotidienne -alimentation, organisation du travail, éducation, habitat, espace public et virtuel-délégué à de grands groupes privés et à des institutions publiques.

-de l’agilité recherchée par les acteurs publics pour créer des projets (avec l’illusion qu’ils se déferont des lourdeurs administratives et réglementaires ?)

En quoi les communs peuvent-ils créer du consensus pour faire coïncider approche libérale et approche collective ?

Quels sont les points d’achoppement restant à régler ?

Quels sont les acteurs les plus à mêmes de développer les communs ?

Historiquement les communs sont développés par des communautés d’acteurs privés. Dès le 12è siècle, la paysannerie anglaise et écossaise créé des espaces à usages communs (pâturage, forêt…), pour tous, selon des modalités d’usages strictes, pour permettre notamment à celles-ci de se régénérer. L’enclosure des communs au cours du 16è siècle, et prémisse de la révolution industrielle gourmande en ressources premières, comprenez l’achat de ces espaces dans le cadre d’une propriété et d’un usage exclusifs au profit de quelques uns, viennent mettre un terme aux communs (même si dans les faits de nombreuses terres conservent en Angleterre et en Ecosse un statut de « Commons »).

 

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