Le Grand Paris c’est la vie !

Le Grand Paris c’est la vie !

Crédits photo © Ville hybride.

Le poil m’est hérissé hier quand j’ai vu un énième site web s’auto estampillant « guide culturel » référençant une sélection de lieux culturels et artistiques du Grand Paris. Pourquoi ?

Tout d’abord parce qu’il s’agit des mêmes lieux qui sont régulièrement mis sur la place publique (dont la qualité intrinsèque est indéniable, ce n’est pas le débat ici) . Bonjour l’originalité ! On peut légitimement se demander s’il s’agit d’une véritable démarche de recherche de lieux ou si ce « guide culturel » s’est contenté de faire une compilation d’acteurs artistiques et culturels qui font régulièrement la une des sites spécialisés.

Ensuite parce que cette sélection est en décalage avec le foisonnement des lieux artistiques et culturels dans le Grand Paris, qui est protéiforme (issus de populations qui embrassent un éventail de pratiques à la fois ultra locales et ultra cosmopolites). Entre le supermarché Leclerc de Gonesse, qui fait office de centre ville foisonnant où se développe des expressions artistiques et culturelles ultra populaires (hip hop, graff, cosplays, mangas…), le festival bollywood ultra coloré, dansant et chantant de la communauté tamoule de Stains, le « deux pièces cuisine » au Blanc-Mesnil spécialisé dans les musiques du monde (qui a aussi un festival annuel des « villes des musiques du monde »), la ferme du Pinson à Montmagny, sorte d’oasis rural faussement petzouille à 20 mn de la Porte de la Chapelle, la friche Kodak à Sevran (qui l’est devenue après 70 ans d’activité de l’usine) destinée à rester une friche écologique, « la chaufferie » à l’université de Villetaneuse, studio de répétition auto-géré par les étudiants, le chapiteau d’André Valverde à Clichy-sous-Bois, saltimbanque à la sauce Vitalis d’Hector Malot… les lieux d’expressions artistiques et culturelles ne manquent pas dans le Grand Paris. Ce qui frappe c’est leur diversité, leur foisonnement, leur capacité à embrasser et à restituer l’hyper local et le monde.

Dans le prolongement de l’homogénéïté de l’offre culturelle et artistique des guides dits culturels, mettant en avant toujours les mêmes lieux, c’est bien sur l’homogénéïté des publics qui en découle : les mêmes gens finissent par se retrouver dans les mêmes lieux. Hors l’expérience des arts et des cultures c’est comme une aventure. C’est en se risquant dans ses méandres inconnus que l’on accède à leur fragilité, à leur altérité, à leur capacité à nous émouvoir, à nous faire rire, à nous étonner, et à travers elles à accéder aux populations  du Grand Paris. Hors en ne référençant que lieux « arty » et friches culturelles, ces sites contribuent à ne dévoiler qu’une facette du Grand Paris (bien loin de son foisonnement, de ses richesses). L’art, la culture, c’est une expérience, un décentrement par rapport à ce que l’on est, une bousculade dans nos habitudes prises et nos repères. Pas une pratique consumériste autour de formes homogènes dans un entre-soi. Ca c’est la mort. Hors le Grand Paris c’est la vie ! Dont on est loin d’avoir exploré toutes les facettes… Si « le cœur de Rome bat dans le Colisée » (sénateur Gracchus, Gladiator), le cœur du Grand Paris bat tous ces lieux interticiels et parfois crassepouilles, mais ultra-attachants et vrais.

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