Intégrer l’expérimentation au code de l’urbanisme : pourquoi l’Etat a-t-il mis tant de temps pour légiférer ?

Intégrer l’expérimentation au code de l’urbanisme : pourquoi l’Etat a-t-il mis tant de temps pour légiférer ?

© illustration Laurent Chéhère

Le 5 janvier 2011, je rédigeais un post intitulé « Intégrer l’habitat expérimental au code de l’urbanisme, vite ! ». Pourquoi ? Il n’y avait pas un jour où je n’observais pas des pratiques dénormées. Elles répondaient aux besoins et aux aspirations des gens. Des fermes urbaines, certes craspouilles, mais où les gens retrouvaient un sens à leur existence. Des appropriations des espaces publics pour y développer des usages alternatifs. Des habitats éphémères répondant aux besoins de mobilité…

Tout d’abord parce que la doxa de l’Etat en matière d’urbanisme et d’aménagement répose depuis 1945 sur la norme (ce qui était légitime tant la question de l’habitat insalubre était monnaie courante).

Aussi en raison d’une certaine inertie de la part des acteurs privés (promoteurs et architectes) qui s’étaient habitués à cet état de fait. Nulle surprise si aujourd’hui les architectes se reposent la question de leur rôle dans les projets. Mais entretemps une nouvelle génération d’acteurs est apparue, centrée sur les usages. Ils sont aujourd’hui la R&D des projets ; mais à condition que l’innovation ne soit pas standardisée (ce qui est un peu la tendance actuellement après un mouvement d’accélération né en 2014 des « réinventer »).

Ensuite parce que la société va plus vite que l’Etat pour s’adapter à certaines situations. Les lieux alternatifs, que l’on englobe maintenant sous le vocable tiers lieu, inventent des espaces en quelques jours qui répondent aux besoins de leurs habitants (habitants que l’on ne peut pas résumer à leur seul dimension de logement). Leur processus est comme par hasard ralenti lorsqu’ils doivent se mettre…aux normes. Beaucoup d’initiatives sont aujourd’hui dans ce cas. Après avoir été des mouvements spontanés, le mouvement des tiers lieux est en passe de s’institutionnaliser et de perdre de sa spontanéïté. Conserver la spontanéïté des lieux est donc un enjeu en soi, comme le rappelait le 18 mars dernier Marion Waller à Ville hybride.

(la suite au prochain épisode)

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