Urbanisme transitoire : grandeur…et dérives

Urbanisme transitoire : grandeur…et dérives

Une petite musique s’installe depuis quelques temps. La durée impartie aux projets d’urbanisme transitoire ne serait pas suffisante et contraindrait les acteurs concernés à s’installer durablement, voire à changer leur modèle, pour influer davantage sur la programmation et les montages des opérations (et devenir par là même porteurs de projets voués à s’enraciner). Tout dépend de la méthode en réalité, de la réelle capacité à associer habitants et usagers… et surtout, des intentions réelles des acteurs de l’urbanisme transitoire.  En fait, il y a deux écoles : les acteurs qui travaillent à une programmation temporaire attractive vouée à attirer un public festif (que l’on devrait nommer occupation temporaire) et les acteurs, beaucoup plus rares, qui mènent un travail de terrain préparatoire, avec les habitants et les usagers temporaires, avant l’arrivée d’installations éphémères, pour préfigurer, prototyper, tester le projet avec des panels de futurs utilisateurs. Encore plus rares sont ceux qui combinent les deux.

Je suis frappé disais-je lorsque des acteurs de l’urbanisme transitoire disent qu’ils doivent rester plus longtemps que prévu. Au grand damne des acteurs publics qui ont l’impression de s’être fait rouler dans la farine. Parfois c’est légitime. Parfois moins. Je m’explique. Lorsqu’un acteur récupère un site complexe, qu’il est le seul à sécuriser, qu’il crée une programmation qui vient combler un vide, voire qu’il tisse des liens locaux, propices à développer une économie informelle, profitable à beaucoup, alors oui je comprends sa frustration de devoir quitter les lieux, tant la dynamique locale qu’il a créé, préfigure de futurs usages, qui auraient la capacité de challenger, d’enrichir au niveau urbain l’approche des investisseurs. Mais quand il s’agit de périmètres plus classiques (entendez des sites dans des quartiers tranquilles), avec des usages conventionnels (comme le coworking) alors je suis plus étonné.

L’urbanisme transitoire est en fait pour certains acteurs soit un cheval de troie soit la vitrine de leur activité, pour montrer patte blanche auprès des acteurs publics. Et ensuite faire entrer le loup dans la bergerie en ajoutant des missions imprévues. Pour d’autres, il est le fondement même de leur activité : réactiver des périmètres dans les délaissés urbains. Et là, nous touchons aussi à quelque chose de fondamental qui n’est pas toujours très clair : les réelles intentions des élus et des aménageurs. Deux tendances se dégagent : s’associer à un acteur qui a le vent en poupe et créer une programmation transitoire standardisée ou s’associer à un acteur qui va travailler son territoire avec les acteurs locaux et faire du développement endogène (endogène n’exclut pas d’ailleurs d’aller chercher des acteurs extérieurs pour hybrider les projets ; mais nous en sommes encore loin ; hybrider les projets pour de vrai n’est pas encore d’actualité). La première tendance est plus séduisante sur le papier, plus rapide, plus sécurisante : reproduire sur place ce qui a déjà été créé ailleurs. Une approche industrielle destinée à faire baisser les coûts des projets d’urbanisme transitoire (dont les budgets sont déjà infiniment moindres que le projet «définitif»). La seconde tendance s’apparente plus à l’ADN de l’urbanisme transitoire : préfigurer les futurs usages avec les habitants et les usagers temporaires, et influer sur les montages et les modèles économiques hybrides, la programmation. C’est plus ambitieux mais cela doit être aussi davantage expliqué auprès des acteurs publics et des aménageurs. Il s’agit d’une approche qui mixe anthropologie, design et innovation. L’immersion locale pour comprendre les us et coutumes, sans aborder le projet, en est le préalable.

A l’heure où l’urbanisme transitoire est mis à toutes les sauces, je pense qu’il était bon d’en rappeler quelques points clé…et dérives.

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