Le Grand Paris saura-t-il articuler l’échelon locale et la grande échelle ? Pas sur…

Le Grand Paris saura-t-il articuler l’échelon locale et la grande échelle ? Pas sur…

Une décharge municipale en pleine ville à Bagnolet. Certains élus n’étaient même pas au courant. Des logements sociaux transformés en passoire thermique, où les ascenseurs sont la plupart du temps en panne, avec de l’eau chaude deux heures par jour. Il n’y a plus que les habitants concernés pour s’en offusquer. Des espaces publics laissés à volo. Rien de plus normal pour pas mal de gens. Les difficultés rencontrées par certaines villes du 93 semblent faire partie du paysage quotidien de tous. Lors d’une réunion publique à Bagnolet, des nouveaux habitants en provenance de Paris s’en étonnaient pourtant. Habitués à des hauts niveaux de service en matière de propreté, d’équipements culturels, d’espaces publics, ils étaient abasourdis par le faible niveau d’exigence des habitants ou plutôt leur capacité à accepter l’inacceptable. Pourtant, une ville comme Bagnolet, 35 000 habitants, compte 1000 agents municipaux. Bien au-dessus de la moyenne des villes de même taille.

Quelles sont les raisons du renoncement (relatif) des habitants ?

Le niveau d’endettement de la ville ? S’il constitue un handicap certain, il n’explique pas tout.
Les agents municipaux ? Ils semblent plus subir qu’autre chose. Si le dixième des dysfonctionnements rencontré par une ville comme Bagnolet se produisait dans une ville comme Saint-Germain-en-Laye, cela créerait de très vifs mécontentements chez les habitants, qui s’en plaindraient directement au Maire. Lequel prendrait très vite les mesures nécessaires.
Les habitants de certaines communes du 93 sont-ils plus prompts à accepter de lourds dysfonctionnements quotidiens ? Pas si simple. Ce qui est certains c’est qu’une forme de résignation s’est installée chez les habitants historiques. Pourquoi ? Les habitants sont-ils lassés par les promesses non tenues ? Si oui, quelle est la responsabilité réelle des élus ? Les divergences de vue entre une équipe municipale et son administration peut être un début de réponse.
Les habitants jouent-ils encore leur rôle de contrepoids face aux élus ? Pas sur. Pourtant, certains habitants s’organisent, mais trop isolés, et manquant de réseau (contrairement aux habitants des villes de l’ouest parisien qui ont les accès directs aux décideurs économiques et publics), ils pèsent peu face, par exemple, aux bailleurs sociaux.
La représentation politique locale de l’est parisien souffre-t-elle aussi de ce manque de proximité avec les décideurs ? C’est une piste qu’on ne peut pas écarter. La proximité entres les élus de l’ouest parisien et les décideurs économiques (qui vivent et travaillent à l’ouest) est par contre un fait. L’organisation par l’Etat, de la compétition entre les territoires, pour capter les investissements privés, est aussi une réalité que les élus vivent au quotidien. En la matière, les territoires qui partent de plus haut – comprenez ceux qui concentrent les entreprises, grandes écoles et universités, centres de recherche…- ont un avantage quasi décisif (80% des investissements penchent aujourd’hui à l’ouest). Résultat : les territoires les plus riches deviennent encore plus riche et les territoires les plus pauvres sont dans une logique de rattrapage permanent. Le Grand Paris Express, pensé initialement pour rééquilibrer les richesses, pourrait au contraire contribuer à creuser encore davantage le fossé entre l’ouest et l’est parisien.

Quelles sont les solutions ?

Les territoires qui sont dans une logique de coopération avec d’autres territoires sont ceux qui sortent leur épingle du jeu. En la matière, notre système de représentation politique locale, est peu propice à inciter les élus à la coopération. Leur mandat les ramène toujours à la petite échelle (les interco encore très jeunes et/ou mal nées ne jouent pas encore ce rôle). A l’heure où nombre d’enjeux – agriculture urbaine, économie circulaire, logistique urbaine, lutte contre les ilots de chaleur et la pollution… – doivent se traiter à la grande échelle (sans négliger le local ; subtile alchimie sur laquelle nous nous cassons aujourd’hui tous les dents), nombre de nos élus restent les yeux rivés sur le local (sans pouvoir pour autant résoudre de manière significative les problèmes de leurs habitants, dont bon nombre ne peuvent se traiter qu’à la grande échelle – développement économique, résorption de la pollution et des ilots de chaleur…- tout en jouant sur les forces locales, formelles ou en gestation).

Autre opportunité : l’ingénierie de la Ville de Paris est une ressource non négligeable qu’il faudrait mutualiser (et non pas à l’échelle administrative mais à l’échelle des projets). Elle est très bien formée sur pas mal de sujets dont l’urbanisme et le développement économique (deux matrices fondamentales de la transformation urbaine).

Recréer du collectif, du commun. La compétition du tous contre tous privilégie clairement aux territoires qui concentrent la masse critique la plus forte (les 80% de projets d’investissement qui se concentrent dans l’ouest parisien en attestent). Hors nombre d’enjeux déjà cités ne peuvent se résoudre qu’à la grande échelle. Il est temps de les prendre à bras le corps.

L’évolution du rôle des élus est aussi un chantier à mener. A l’observation, les élus qui s’en sortent le mieux sont ceux qui savent jouer ce rôle de chef d’orchestre : impulser sans prendre la place des faiseurs. Avoir des objectifs ambitieux en sachant impliquer les faiseurs locaux dans le bon timing, et sans vouloir faire à leur place, mais au contraire en leur donnant la possibilité de faire. Ce sera ça le Grand Paris de l’est : savoir se mettre à la bonne échelle des enjeux tout en s’appuyant sur les forces locales, quelles qu’elles soient. S’inscrire plus dans une dynamique de flux que de stock en fin de compte, en jouant le jeu à l’échelle métropolitaine tout en s’appuyant sur un réseau d’acteurs locaux de tout horizon, qui sauront travailler avec d’autres réseaux autour d’objectifs communs.

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