concept

hybride : terme de physiologie. Qui provient de deux espèces différentes. Plantes hybrides, plantes dont la graine provient d’un végétal qui, au lieu d’être fécondée par sa propre espèce l’a été par une autre.

La ville hybride est à l’opposé de la consanguinité, des cercles constitués fermés. Elle se conçoit et se développe sur le mode de l’innovation ouverte : elle réunit des personnes issues d’horizons diamétralement opposés. Dans quel but ? Pour vitaliser les modèles de conception et de production urbaine. L’essentiel ce n’est pas le but c’est le cheminement (le diagnostic partagé, le sens donné aux projets, la stratégie ouverte et partagée de mise en œuvre, l’hybridation programmatique, l’adaptation à l’obsolescence accélérée des usages).

La ville hybride repose sur trois piliers :

→ au sens urbain et environnemental : la mutation de la ville constituée vers les nouveaux modes d’habiter, de travailler, de produire, de consommer, de se déplacer ; le croisement entre la vision des élus, des maîtres d’ouvrage et d’oeuvre privés, de la compétence d’usages (innovants, quotidiens, dévalorisés) exprimés par les « habitants* » ressources, les collectifs, et de l’expertise des techniciens traditionnels (de plus en plus challengés par les nouveaux entrants).

→ au sens numérique/usages : l’hybridation du monde physique et du monde numérique, renforçant notre ubiquité, notre capacité à tous, à être partout, simultanément. Dimension encore non traitée dans les projets urbains (le paradigme étant le déplacement comme élément structurant de la ville). C’est l’exemple des communautés constituées sur la toile qui ont besoin de points de chutes, de lieux de rassemblement pour échanger, apprendre, travailler, s’amuser, résider temporairement ou durablement. Par exemple, la communauté Cosplay regroupe des millions d’adeptes sur la toile à travers le monde, avec ses codes, ses pratiques, son économie. Signal faible pour les acteurs publics, il n’est pas traduit spatialement dans l’espace public. Seuls les acteurs privés s’en emparent à travers des salons professionnel et grand public. Il existe donc aujourd’hui un décalage abyssal entre les pratiques grand public sur la toile et leur prolongement dans le monde physique. Les gisements d’innovation sont gigantesques. Nous n’en sommes qu’au pré-balbutiement. Tout projet est avant tout sociétal. En comprendre les évolutions macro et micro sont d’un apport énorme pour penser la programmation des projets, leur montage, leur économie.

→ au sens philosophique, historique et socio-politique : la combinaison du génie humain et de nos pires pulsions (Paris, Ville Lumière et glamour, c’est aussi l’ancien emplacement de l’actuel Place du Colonel Fabien où pendant 600 ans (!) on laissait pourrir les dépouilles des condamnés à mort). Ce qui est là, maintenant, en est donc un prolongement, une incarnation baudelairienne : du « laid » peut surgir le « beau ». Les deux concepts étant relatifs, ce qui nous semble beau aujourd’hui est peut être laid et ce qui nous semble laid est peut-être beau.

La Ville hybride se définit enfin par opposition à la smart city (vision lisse et sans aspérité de la ville qui ne correspond à aucune sociologie, réalité, histoire des territoires). L’innovation ne s’y réduit pas à la version contemporaine d’un super calculateur d’optimisation de l’existant en termes de flux. L’innovation challenge au contraire le modèle traditionnel de la fabrique urbaine (conception, coût, gestion). L’habitant, l’usager temporaire y sont contributeurs. Chacun peut y innover grâce aux données ouvertes, accessibles à tous (à tous !).

La Ville hybride ce n’est pas non plus l’ubérisation de l’économie sans garde fou. Aux acteurs émergents de créer la valeur, aux institutions d’inventer les nouveaux modes de redistribution.

*ceux qui résident, travaillent, « zonent », créent, innovent (ou tout à la fois).